Le Caire Mon Amour

Chroniques Du Caire

Petites inpressions du Caire écrites lors de mon voyage là-bas il y a quelques semaines…

 

Je déclare le Caire Ville Vivante. Beyrouth est trop torturée, Amman trop ennuyeuse, Alep trop solennelle. Mais Le Caire…Ah le Caire.

Rien ne m’avait préparé pour ce sentiment incroyable de vie que l’on ressent à peine arrivée. Il n’y a pas d’autre mot pour ça, rien, à part la vie elle-même. Cette ville vous ferait presque oublier les tergiversations incessantes du quotidien et les expériences amères qui vous pourrissent la vie et vous plombent le cœur.

Peut-être que l’excitation pré-Cairote dont je fus l’objet n’a en rien aidé mon émerveillement constant. En atterrissant j’ai vu le Nil, je me suis dit, mais je vois le Nil Bordel!!! Comme dans « mort sur le Nil ». Comme dans « Nil=Nasser=Nationalisme Arabe Chronique=Mon père, sourcil unique et pattes, manifestant pour l’Algérie libre dans les années 60 ».

Le Caire est aussi une ville où je peux me prendre pour Carrie Bradshaw. Assise près de ma fenêtre (d’où j’ai vu sur le Nil Bordel!!!) je peux fumer autant que je veux (les Egyptiens ont d’autres chats à fouetter que de pourrir la vie de pauvres gens comme moi qui ne demandent de ce monde qu’un peu de nicotine) et écrire toutes mes bêtises en écoutant la clameur d’en bas, les klaxons de conducteurs qui s’énervent, les conversations animées qui me viennent par bribes, la musique arabe bling bling qui vous donne des envies devenir une Raqassa dans la plus pure tradition égyptienne, brushing hollywoodien et maquillage de camion volé y compris.

On toque à la porte de ma chambre, mon dîner arrive et là je demande au jeune homme qui m’apporte mon shish taouk et mon riz oriental si je peux fumer (masmouh el tattkhin?) et lui « ah, akid », oui bien sûr, bien sûr que vous pouvez fumer mademoiselle, si déjà on doit se taper Moubarak, si en plus on ne peut pas fumer autant faire la révolution ou crever. Si en plus je lui parle en dialecte libanais, alors là c’est bon, même si c’était interdit il me l’aurait permis.

Mon premier guide pour le chemin aéroport-hôtel est une jeune fille copte répondant au joli nom de Sandra. Ne voulant pas faillir à l’hospitalité arabe, Sandra fait tout un détour pour me montrer un peu sa ville, et ponctue ses coups de frein et de klaxons en tentant de maîtriser les embouteillages dantesques du Caire d’explications en égyptien chantant. Sandra est égyptienne copte, a été à l’école du Sacré Coeur Catholique et à l’université Britannique du Caire, et est par conséquent parfaitement trilingue, ce qui est une chance pour moi qui avait peur de passer pour votre libanaise de base mélangeant allègrement les trois langues avec pour but final de sérieux doutes quant à ma maîtrise d’une en particulier.

Sandra me demande ce que je sais du Caire, de l’Egypte, si je connais les films égyptiens, et se montre très volubile sur tout ce qui à trait à sa ville. D’un point de vue historique et social si je puis dire, car si Sandra me décrit avec délices les différents quartiers de la ville en fonction de la position sociale et la fortune de ses habitants, elle se ferme complètement lorsque j’aborde des sujets un peu plus épineux, comme oh, je sais pas moi, la situation des droits de l’homme en Egypte à l’ère Moubarak (j’ai en tête deux trois noms de blogueurs qui me viennent à l’esprit là tout de suite) ou encore la situation avec les Palestiniens de Gazah au passage de Rafah. Ça, Sandra, et ben elle veut pas en parler. Je ne sais pas si c’est parce qu’elle a peur que je sois une espionne à la solde du régime, si elle a peur qu’il y ait un micro dans sa voiture ou si tout ça la gonfle au plus haut point, toujours est-il que je me sens tout de même un peu impolie à pointer du doigt les fissures d’un société et d’un système à peine arrivée. D’autant plus que je suis libanaise, et que question droit de l’homme et droits des palestiniens, il me semble que je n’ai de leçons à donner à personne.

Je me tais donc,hoche la tête comme elle me montre du doigt l’entrée de Khan el Khalilli (très jolie au demeurant), manque de hurler en voyant la statut Om Kalthoum à Zamalek (s’ensuit un exposé nourrit de ma part sur Oum Kalthoum et sa villa à Zamalek, dont Sandra n’a aucune idée et d’ailleurs se fout éperdument. Oum Kalthoum, c’est pour les vieux me dit-elle. Je suis une vieille conne et je le vis bien) et m’émerveille devant le citadelle et les merveilleuses mosquées. C’est beau, le Caire (ou ce que j’en ai vu).

Dès que je parle à quelqu’un on me demande si je viens de Syrie ou du Liban, on est très content si je réponds Liban et moi j’ai bien peur que ce soit pour les mauvaises raisons. Ce que me confirme Sandra qui me dit que les volontaires mâles de notre association en Egypte avait tous levé la main pour aller accueillir notre délégation libanaise à l’aéroport. Il me semble devoir rétablir une réalité criante, qui brisera un mythe je m’en rends bien compte, mais absolument nécessaire.

Voici donc.

Messieurs, je m’excuse platement, mais Libanaise n’équivaut pas, dans l’extrême majorité des cas, à Haifa Wehbe et Nancy Ajram. Ces deux jeunes femmes sont des exceptions, elles ne représentent pas la Libanaise moyenne, qui est bien flattée que l’ont trouve son accent mignon, mais qui n’a aucune envie que l’on établisse des conclusions hâtives quant à son ouverture d’esprit sexuelle.

 

Il est onze heures, la nuit est bien installée sur la Mère du Monde, le Nil coule tout doucement, et demain est un autre jour.

 

 

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