D’épices et de parfums

Je vous préviens, je ne sais pas où ce post va me mener. Il pourrait très bien ne s’agir ici que d’élucubrations post-dînatoires entraînées par une orgie de mets arabes et mediterranéens n’ayant que peu de ressemblance avec la réalité.

J’a toujours remarqué que le principal sujet de conversations qui revenait avec mes amies (oui, parfaitement, au féminin, les clichés de genre ont la vie dure, mais je ne connais que peu d’hommes s’intéressant outre mesure à la magie des épices, sauf bien entendu quand il s’agit d’ingurgiter les mets dont elles ont servi à la confection), je disais donc, avec mes amiEs, au cours de nos dîner est tout simplement… la cuisine.

Parler de cuisine et de nourriture en mangeant, n’est-ce pas là une délicieuse mise en abîme? Voilà comment trois femmes, une palestinienne, une suissesse et une libanaise, se retrouvent autour d’un repas préparée par la palestinienne à diagnostiquer le met confectionné. Au menu ce soir: kafta bi tehini, plat de boeuf haché aux épices, oignons, persil plat et piment vert cuit au four dans une sauce à la tehini (huile de sésame) et au citron avec des pommes de terre. Oui, très léger, bien évidemment, mais ce n’est pas notre propos ici, je doute très fortement de l’intérêt de ce blog pour vous si vous faites partie de cette armée d’individus sinistres (et dont je me méfie d’ailleurs comme de la peste) perpétuellement au régime. Quoi de plus déprimant qu’un régime je vous le demande.

De simples questions sur la manière de préparer ce plat, la discussion s’est tout naturellement orientée vers d’autres mets similaires, sur diverses façons de les faire selon les pays, la Palestine mets des choux fleurs dans sa makloubé, la Syrie et le Liban se contentent des aubergines et des tomates, la Turquie fait son Keufte avec un certain mélanges épicé, la Syrie met des cerises et de la mélasse de grenade dans son kebab. Le tout bien sûr ponctué de projets de dîners gargantuesques que les femmes se promettent de cuisiner ensemble, juste pour utiliser ces produits merveilleux que sont la mélasse de caroube et de grenade, le sumac, l’eau de fleur d’oranger, les pistaches concassées, le mélange 7 épices, attention hein, pas quatre, sept, et le Libanais s’il vous plaît, un autre aurait trop de cannelle.

Il est de notoriété publique que s’il y a bien une chose qui unifie La Grande Nation Arabe (avec des majuscule s’il vous plaît, c’est tout ce qu’il lui reste la pauvre), c’est l’obsession de son peuple pour son ventre. Tout, tout, nous supporterons tout, mais assurez nous notre kebbé quotidienne sinon nous ne répondons plus de rien. J’exagère à peine, j’adore. Il y a quelque chose de très féminin dans la préparation de mets familiaux prenant de longues heures à mijoter, nécessitant moult légumes à éplucher, couper et frire, griller ou cuire. Le temps de la préparation d’un repas, la cuisine devient le sérail, un antre où les hommes osent à peine s’aventurer pendant que les femmes rient, jacassent, se confient, mijotent, complotent, blanchissent des riz, dorent des amandes, pilent la coriandre et l’ail, font sécher les feuilles de mouloukhieh au soleil, goûtent et rajoutent du sel. Temps suspendu dans l’éther, où plus rien ne compte si ce n’est le goût des choses, où l’on montre son amour à travers le fumet qui filtre au travers de la porte.

L’ambiance est telle que mêmes les dogmes du féminisme se rétractent devant groupe de femmes au sein duquel bien des sujets épineux sont abordés et des conseils s’échangent. Voyez plutôt ces séances comme des groupes de parole qui s’ignorent, car enfin quoi de plus sécurisant que de parler au clan matriarcal de sujets inavoubales au dehors?

Serait-ce pour recréer cette atmosphère que les esprits de la magie culinaire sont invoqués par la majorité des femmes arabes de ma connaissance lors d’agapes féminines? Peut-être, ou peut-être avons-nous tout simplement envie de recréer un peu de notre terre partout où nous allons, dussions-nous pour cela ramener des bâtons de cannelle d’Alep gros comme des brindilles et embaumant notre valise pour des mois.

A toutes ces femmes qui passent leur journée aux fourneaux le dimanche ou le vendredi pour finir par ne rien manger “parce qu’elles se sentent déjà pleines d’avoir goûté en cuisinant”, merci.

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