Salopes en Marche

De nombreuses personnes frissonnent en entendant le terme “marche des salopes”. Comment un mot si négativement connoté peut-il être érigé en étendard de la libération de la société de son carcan normatif de genre? Tout a commencé lorsque un policier canadien, Michael Sanguinetti, a déclaré au cours d’un colloque en 2011 que les “femmes devraient éviter de s’habiller comme des salopes pour éviter de devenir des victimes”, comprenez donc, pour éviter de se faire abuser sexuellement. Le mouvement SlutWalk était lancé.

De nombreuses féministes ont beaucoup débattu et débattent encore de la nécessité de se réapproprier le mot “salope”,car en effet l’on est en droit de se demander comment un mot qui a toujours été une insulte peut être réapproprié. Germaine Greer explique dans son article pour le Telegraph (http://www.telegraph.co.uk/health/women_shealth/8510743/These-slut-walk-women-are-simply-fighting-for-their-right-to-be-dirty.html) que les femmes se réappropriant le mot “salope” réclament tout simplement leur droit à être sale (signification originelle du mot anglais slut), libérée sexuellement, en un mot, d’être libres d’être ce qu’elles désirent.

Au delà d’un simple mot, c’est tout un concept oppresseur pour les femmes que les Salopes tentent de renverser, et à travers lui, tous les stéréotypes des genre: une femme qui est active sexuellement et choisit elle-même la fréquence de ses rapports sexuels ainsi que ses partenaires est percue négativement par la société toujours prompte à l’affubler de noms d’oiseaux peu flatteurs tels que “salope” alors qu’un homme dans la même situation est célébré comme un Don Juan, un homme après qui toutes les femmes se pâment. Le postulat des Salopes est simple: il est nécessaire de renverser cette pseudo-logique réactionnaire et surtout complètement absurde qui soutient également que la manière dont une femme s’habille influe sur son risque de se faire agresser sexuellement, ce qui est non seulement insultant pour la femme car la responsabilité de ne pas se faire violer est mise sur elle, mais également pour l’homme, qui dans ces conditions n’est vu que comme un pénis sur pattes ne pouvant retenir ses pulsions dès qu’un centimètre carré de peau féminine est visible. Si mettre une mini-Jupe et contrôler ma vie sexuelle fait de moi une salope, alors soit, j’en suis une et j’en suis fière. Donnons donc une nouvelle signification positive à ce mot. Pour information, l’objectif ultime est que l’activité sexuelle d’une femme, tout comme celle de n’importe quel homme,n’amène ni questions ni haussement de sourcils: bien qu’il semble choquant qu’en 2012 l’on soit encore obligé de le rappeler, le corps d’une personne lui appartient et elle est libre d’en faire ce qu’elle veut.

Que l’on soit d’accord ou pas avec le nom du mouvement n’est par ailleurs que secondaire aux principes cruciaux pour lesquels celui-si se bat. Renverser les stéréotypes de genre, certes, mais également mettre au coeur du débat politique et collectif des questions jusque là jugées privées sont au centre des revendications de ce mouvement clairement féministe. La Collectif organisateur de la marche des Salopes de Genève qui se tient aujourd’hui à 14:00 énonce très clairement ses buts et objectifs sur son site web (www.slutwalk.ch):

 

Buts à atteindre :

– Faire des violences sexuelles une question collective, sociale et politique et non pas individuelle et privée.

– Reconsidérer la notion de consentement.

– Faire changer la culpabilité de camps.

– Cesser de hiérarchiser les violences sexuelles.

– Montrer que les violeurs ne sont pas victimes de leurs pulsions mais responsables de leurs actes.

– Faire cesser les discours sur le comportement dit « provocateur ».

Revendications :

– Changer l’art 190 du code pénal Suisse (qui décrit comme « un acte sexuel subi par une personne de sexe féminin». Un homme ne peut donc pas être violé ; les pénétrations buccales et anales ne sont pas considérées comme des viols.)

– Financer des études sur les violences sexuelles.

– Former la police afin qu’elle soit à même de recueillir les plaintes.

– Faire de la prévention auprès des potentiels agresseurs et non auprès des victimes.

– Parler des violences sexuelles dans les cours d’éducation sexuelle, civique…

– Obliger les responsables de violences sexuelles à prendre concience de leurs actes.

Lorsque l’on lit les articles ayant trait aux marches des Salopes de part le monde, force nous est de constater qu’une autre revendication, souvent tacite, émerge du mouvement de manière organique: celle d’être différent, de faire le choix de sortir des binaires de genre.

Enfin, le mouvement vient contrecarrer le projet des culturalistes de tous poils qui aiment à diviser entre les féministes d'”orient” et “d’Occident”: de Toronto à New Delhi, de Beyrouth à Paris, les mêmes revendications. Le même combat, celui contre la patriarchie universelle, et qui appelle de ses voeux l’affaiblissement du mouvement féministe révolutionaire et internationaliste. Appelez-nous Salopes ou quoi que ce soit d’autre, cela ne changera rien à nos luttes: No Pasarán! 

Photo de la marche d’aujourd’hui https://www.facebook.com/media/set/?set=a.496907833672465.126198.194530360576882&type=1&l=11368b11d6

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