Citoyenne de Seconde Classe

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Chers petits fonctionnaires du gouvernment fantôme,

J’espère que vous allez bien (je mens, je m’en fous totalement, en même temps comment n’iriez-vous pas bien, vous profitez du pays et le pillez allègrement et après moi le déluge). Pendant que vous vous chamaillez et coupez les cheveux en quatre dans votre quête cupide et sectaire du pouvoir, les Libanais(es) continuent à vivre ou à tenter de survivre comme si de rien n’était, ce qui montre à quel point vos gouvernments leur sont indispensables.

Personnellement, je m’apprête avec grande joie à retourner au Liban pour des vacances. Plus d’un an que je n’avais pas remis les pieds à Beyrouth, je commançais à manquer d’oxygène. J’ai cependant une bonne excuse: pendant cette année, j’ai eu la plus sympathique, la plus maline, la plus intelligente et vive des petites filles. Avouez que j’utilise mieux mon temps que vous.

Mon enfant sous le bras et mon mari sous l’autre, je me prépare donc pour notre voyage: j’ai les vêtements, le babycook pour préparer des purées fraîches à ma fille, nos billets d’avions.

Et nos passeports.

Suisses pour mon mari et ma fille.

Français pour moi.

Pas un malheureux cèdre sur fond bleu en vue.

Etant une Libanaise de la diaspora, rien de fondamentalement étonnant à ce que j’ai une double nationalité. Je rentrais au Liban avec mon passeport Libanais et voilà.

Maintenant que j’ai une famille, je me range avec eux dans la catégorie des étrangers.

Apparemment, se marier avec un homme non-libanais vous ôte votre individualité Libanaise en tant que femme. Non que je sois particulièrement nationaliste, mais c’est un peu vexant, surtout que mes compatriotes masculins n’ont une fois de plus pas à se confronter à cet affront.

J’arriverai donc à Beyrouth, sur un sol que je foule régulièrement plusieurs fois par an depuis avant la fin de la guerre civile, je murmurerai des mots d’amour à ma fille en arabe (en arabe cassé peut-être, mais en arabe quand même), j’enverrai ma recette de Yakhnet Sbenegh à ma copine Emna, celle que m’a apprise ma mère qui la tient elle-même de sa mère, les femmes du Keserwan aiment bien se passer des secrets. Je ferai tout ça en me rengeant décidément dans la file des étrangers, parce que ce que je considère tout de même comme mon pays me considère Libanaise parce que mon père l’est et non pas parce que je suis une citoyenne à part entière. Je suis une citoyenne de seconde classe et je vous assure que ça m’agace.

Je me rangerai dans la file des étrangers parce que je ne peux pas donner ma nationalité à ma famille. Je répète: en 2014, une femme Libanaise ne peut pas donner sa nationalité à sa famille, tout simplement parce que le chef de famille est l’homme et que la femme est une quantité négligeable.

J’ai envie de dire, bravo. Une telle obédience au patriarcat, ça force le respect.

Et vous savez c’est quoi le pire? Le pire, c’est que je suis une privilégiée. Moi, je peux rentrer avec mon passeport français, ma fille est Suisse et Française, son avenir n’est pas en danger, enfin si, c’est une femme, mais elle a des nationalités, deux gouvernements qui la reconnaissent et à qui elle peut demander des comptes. Je suis une privilégiée parce qu’au Liban, il y a des femmes, des milliers d’entre elles, on ne sait pas vraiment, le recensement n’est pas votre point fort, qui sont dans une situation extrêmement vulnérable: leurs enfants, libanais pourtant, n’ont pas droit aux mêmes droits humains basiques que leurs compatriotes dont le père a l’heur d’être Libanais, et rencontrent des difficultés pour tout, de l’école au travail en passant par la santé. On les humilie à coups de demandes de permis et autre racisme social quotidien. En cas de séparation, les enfants seront la responsabilité du père. Et cela veut dire qu’il peut repartir avec eux dans son pays d’origine.

Ces enfants, nous les portons, nous vomissons pendant neuf mois, nous souffrons mille morts pour les faire venir au monde, et même si nous ne souffrons pas, ces enfants sont aussi nos enfants, et il n’y a aucune raison pour qu’on les confie automatiquement au père, sans aucune autre justification que d’asseoir un peu plus le pouvoir masculin sur la tête des femmes.

Moi je suis une privilégiée, certaines femmes doivent se battre quotidiennement pour que leur gouvernement permette à leur enfant ne serait-ce que d’apprendre à lire.

Mais moi et ces femmes avons ceci en commun: nous sommes, à vos yeux, des citoyennes de seconde classe.

Et ça nous agace.

 

PS: Vous avez vu comme je ne considère même pas vos sordides pseudo-justifications sectaires pour ne pas donner ce droit aux femmes, ce droit qui est le leur? Parce qu’il n’y a pas de justification possible: les femmes obtiendront leurs droits, point à la ligne. 

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Manucure à Quatre Ans: Nouvelle Obsession Libanaise

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http://leplus.nouvelobs.com/contribution/721286-manucures-a-quatre-ans-nouvelle-obsession-libanaise.html

Ma réponse à l’article paru dans L’Orient Le Jour sur les salons de beauté pour petites filles au Liban

Au Liban, Les Femmes Se Mobilisent Contre Le Viol et La Violence

Article in French on the 14th of January Demonstration Against Rape: Share! RT! please and thanks 🙂 http://leplus.nouvelobs.com/contribution/229241-au-liban-les-femmes-se-mobilisent-contre-le-viol-et-la-violence.html