Manucure à Quatre Ans: Nouvelle Obsession Libanaise

Quote

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/721286-manucures-a-quatre-ans-nouvelle-obsession-libanaise.html

Ma réponse à l’article paru dans L’Orient Le Jour sur les salons de beauté pour petites filles au Liban

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Au Liban, Les Femmes Se Mobilisent Contre Le Viol et La Violence

Article in French on the 14th of January Demonstration Against Rape: Share! RT! please and thanks 🙂 http://leplus.nouvelobs.com/contribution/229241-au-liban-les-femmes-se-mobilisent-contre-le-viol-et-la-violence.html

En réponse à l’article Chrétienne de mon Pays de Richard al cham

Original article http://www.lorientlejour.com/category/Opinions/article/686396/Chretienne_de_mon_pays.html

“…le développement complet d’un pays, le bien-être du monde et la cause de la paix demandent la participation maximale des femmes à égalité avec les hommes, dans tous les domaines.“

Cher Homme de mon Pays,

Vous remarquerez tout d’abord que je ne spécifie pas votre religion, le communautarisme ne m’intéressant que peu,

L’envie me prend, depuis la lecture de votre opinion dans l’Orient Le Jour, de vous transmettre avec beaucoup d’amitié, d’amour, de fraternité, ce petit message, en vous remerciant d’avance d’avoir l’amabilité de lire ces quelques lignes qui, je l’espère vivement, ne seront pas mal interprétées et vous inciteront, au moins, à réflexion (cher ami, notez bien le même ton paternaliste que j’adopte, le même que vous avez cru bon d’utiliser en vous adressant aux femmes de votre pays, comme si elles étaient si obtuses qu’il serait impossible de leur parler normalement)

Laissez moi répondre point par point à l’affligeant article dont vous nous avez gratifié. Premièrement, vous partez du postulat que toutes les femmes chrétiennes de votre pays ont été éduquées à l’européenne: rien n’est plus faux mon cher monsieur, la femme libanaise, chrétienne ou non, est multiple. Peut-être le sauriez-vous si vous sortiez parfois de votre ghetto ashrafiote bourgeois.

Deuxièmement, laissez-moi vous rappeler quelque chose: les femmes, libanaises ou non, chrétiennes ou non, n’ont pas attendu d’être éduquées à l’européenne ou à la zimbabwéenne non seulement pour se considérer mais encore pour être l’égale de l’homme en droits et en humanité. Déclaration Universelles de Droits de l’Homme, ça vous dit quelque chose? Article premier mon bon monsieur, article premier: Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est Charles Malek, qui a l’heure qu’il est, doit copieusement vous insulter.

Vous nous parlez de la Sainte Famille du Christ. Je ne me prétends pas théologienne, mais je me contenterai de vous rappeler les femmes fortes de la Bible, telles que Tamar, Ruth, la Vierge Marie, mais ce n’est même pas la question. La véritable question, c’est que vous érigez votre point de vue en vérité absolue et que vous vous permettez de pontifier à l’envi sur les commandements de la Famille du Christ, avec des majuscules s’il vous plaît. Mon Christ lavait les pieds des prostituées et faisait taire les moralisateurs de votre espèce, et j’aime à l’imaginer ayant autre chose à faire que de consigner les femmes à la maison en hurlant au scandale si par malheur elles avaient le malheur d’être heureuse par elles-mêmes et pour elles-mêmes.

A présent si vous le voulez bien, parlons de votre arrogance et de votre insécurité. Avez-vous peur à ce point des femmes qui travaillent? Pourquoi? Avez-vous peur de perdre votre place dans la société? Il semblerait que vous considériez les femmes non pas comme des êtres humains doués d’intelligence mais bel et bien comme de charmants animaux de compagnie dont la seule et unique vocation est de faire des enfants, de prendre soin de votre personne et surtout, surtout, de se taire (en portant les émeraudes que vous vous proposez de lui offrir bien sûr).

Cela me peine sincèrement de crever votre bulle mon cher ami, mais le monde ne vous a pas attendu pour reconnaître à la femme ses droits inaliénables. Vos commentaires réactionnaires sur la place de la femme et de l’homme dans la famille ne méritent même pas que l’on s’y attarde, et je vous répondrai donc par le droit international, obligations juridiquement contraignantes auxquelles votre pays, et MON pays mon cher ami, mon propre pays, s’est soumis. Je vous rappellerai donc la Convention sur l’Elimination de toutes Formes de Discrimination à l’Egard des Femmes que le Liban a ratifié, et qui assurent aux femmes leurs droits inalénables, tel que le droit à une vie privée, le droit à la participation économique et politique, le droit à la santé, le droit à ne pas être discriminées et j’en passe. Je ne mens pas, je vous jure qu’un tel texte existe, au même titre que la Déclaration de Beijing sur les Droits Sexuels (honte! Honte! Un tel mot est sorti de ma bouche) et la Santé Reproductive, et au même titre que tous les textes des Droits de l’Homme, qui s’applique aux femmes également, j’en ai bien peur.

Ecoutez-nous bien, mon frère, entendez-vous ce tonnerre qui gronde? Ce sont vos soeurs libanaises, de toute confessions, formes, couleurs, et politiques confondues qui vous chargent. Notre esprit est à nous. Notre corps est à nous. Et personne, et surtout pas des personnes paternalistes de votre espèce ne nous fera taire.

A bientôt, vous nous verrez certainement en train de manifester pour que le Liban nous donne le droit de donner NOTRE nationalité, de NOTRE pays à NOS enfants, entre autres choses bien sûr.

Je serai vous, je déménagerai. 

Lady Marmelade

Des sequins, des frous-frous, des décolletés plus que plongeants, des strings dignes du Quartier Rouge d’Amsterdam. Des paillettes, des plumes, des ensembles de dentelles et de satins, déclinés en vert, en bleu, en crème, en noir, le tout au vu et au su du quidam se rendant à son travail et vaquant à ses occupations quotidiennes. 

Non mes chéris, nous ne sommes ni à Paris, Berlin ou Londres, ni dans aucune autre capitale européenne, mais bel et bien en Syrie, dans la ville ô combien conservatrice d’Alep, dans la vieille ville qui plus est, et les femmes qui pénètrent dans ces antres de la lingerie façon boudoir décadent (et vulgaire, il faut bien le dire), ne sont pas des demoiselles de la nuit, mais des mères de familles tout ce qu’il y a de plus respectables, la plupart voilées, certaines portant niqabs et gants. 

Il y a quelque chose de positivement fascinant à étudier les vitrines de lingerie qui s’offrent aux regards des passants, vitrines auxquelles, il faut bien le dire, les locaux ne font même plus attention tant ils sont habitués à ce déploiement extraordinaire de coupes extravagantes et suggestives, laissant présager de folles nuits de séduction et plus si affinités. Le contraste entre la tendance sociétale dominante dans la région de faire du sexe un sujet tabou, ainsi que l’accent qui est mis sur le devoir de décence, de chasteté et de virginité des femmes et ces vitrines remplies à l’excès d’ensembles de sous-vêtements qui feraient rougir (ou en tout cas aveugleraient) une travailleuse du sexe par ailleurs blasée, a de quoi interpeller. 

Comment dès lors expliquer la caractère provocant des modèles de lingerie proposés, mais surtout leur succès et leur visibilité extrême au sein d’un souk ou d’une rue centrale dans un environnement très conservateur?

Tout simplement, et ce n’est là que mon humble avis, parce que ces boutiques sont adressées à la femme mariée, or tout est permis à la femme mariée (dans les limites de son mariage, il va sans dire). Il ne passerait par la tête de personne de considérer ces modèles hauts en couleurs comme étant destinés à des jeunes femmes actives sexuellement en dehors des liens du mariage, c’est pour cela que personne ne s’offusque de voir un ensemble découpé selon la combinaison du dernier clip de Shakira (et nous savons tous comment notre amie aux hanches ayant une existence propre est allergique au tissu) dans une vitrine agencée avec soin et brillamment éclairée, pas plus que personne ne songerait à accabler d’injures une femme qui se rend dans ces boutiques. Ce tabou absolu des relations sexuelles avant le mariage et cette sacralisation de la virginité féminine pré-noces ont pour résultat la floraison de modèles de lingerie osés ayant littéralement pignons sur rue sans entraîner de fatwas contre leur propriétaire.  Après tout, la sensualité moyen-orientale a toujours été célébré dans des poèmes, des films, des affiches, et oui, de la lingerie, mais cette sensualité n’est permise qu’à la femme mariée. 

Il est bien connu que le rôle premier de la femme moyen-orientale est de se marier. Bien, une fois mariée, elle doit garder son mari, c’est sa responsabilité, car il semble de notoriété publique que les hommes sont de pauvres créatures sans volonté propre, et qu’il ne faudra pas leur reprocher d’aller voir ailleurs si leur épouse se refuse aux devoirs conjugaux ou ne prend pas assez soin d’elle. Pour éviter pareille calamité, il est d’absolue nécessité que ladite épouse se prête aux jeux de la séduction la plus crue, et n’ai pas peur de s’accoutrer telle une Christina Aguilera chantant Lady Marmelade, même si elle ne se retrouve pas dans les plumes roses bonbon et les strings léopards. La mère d’une jeune promise en passera donc obligatoirement par ces boutiques en réalisant le trousseau de sa fille, et lui transmettra certainement des conseils sur comment tenir sur mari et comment se comporter au lit. Be a lamb in the kitchen and a tiger in the bedroom…

Que l’on me comprenne bien: une femme doit pouvoir porter des strings en perles et soutien-gorges en satin vert pomme et strass si ça lui chante, et doit pouvoir faire exactement ce qu’elle veut de son corps (en insistant sur le possessif), ce ne sont pas les modèles en tant que tels qui m’agacent, mais simplement la double hypocrisie d’insister sur la virginité des jeunes femmes et régler ainsi ce qu’elle font de leur propre corps en mettant sur elles une pression sociétale incroyable, mais de permettre (ou d’obliger, c’est selon) à la femme qui a réussi à avoir une bague autour du doigt des pratiques qui lui étaient interdites auparavant, ou comment passer du diktat du “Fais ce que ton père veut” à “Fais ce que ton mari veut”. 

Je célébrerai les sequins de la lingerie des boutiques d’Alep quand elle cesseront ce creuser un fossé entre femmes mariées et célibataires. Pour le moment, je n’y vois qu’un instrument de plus de limitation de la femme. 

D’épices et de parfums

Je vous préviens, je ne sais pas où ce post va me mener. Il pourrait très bien ne s’agir ici que d’élucubrations post-dînatoires entraînées par une orgie de mets arabes et mediterranéens n’ayant que peu de ressemblance avec la réalité.

J’a toujours remarqué que le principal sujet de conversations qui revenait avec mes amies (oui, parfaitement, au féminin, les clichés de genre ont la vie dure, mais je ne connais que peu d’hommes s’intéressant outre mesure à la magie des épices, sauf bien entendu quand il s’agit d’ingurgiter les mets dont elles ont servi à la confection), je disais donc, avec mes amiEs, au cours de nos dîner est tout simplement… la cuisine.

Parler de cuisine et de nourriture en mangeant, n’est-ce pas là une délicieuse mise en abîme? Voilà comment trois femmes, une palestinienne, une suissesse et une libanaise, se retrouvent autour d’un repas préparée par la palestinienne à diagnostiquer le met confectionné. Au menu ce soir: kafta bi tehini, plat de boeuf haché aux épices, oignons, persil plat et piment vert cuit au four dans une sauce à la tehini (huile de sésame) et au citron avec des pommes de terre. Oui, très léger, bien évidemment, mais ce n’est pas notre propos ici, je doute très fortement de l’intérêt de ce blog pour vous si vous faites partie de cette armée d’individus sinistres (et dont je me méfie d’ailleurs comme de la peste) perpétuellement au régime. Quoi de plus déprimant qu’un régime je vous le demande.

De simples questions sur la manière de préparer ce plat, la discussion s’est tout naturellement orientée vers d’autres mets similaires, sur diverses façons de les faire selon les pays, la Palestine mets des choux fleurs dans sa makloubé, la Syrie et le Liban se contentent des aubergines et des tomates, la Turquie fait son Keufte avec un certain mélanges épicé, la Syrie met des cerises et de la mélasse de grenade dans son kebab. Le tout bien sûr ponctué de projets de dîners gargantuesques que les femmes se promettent de cuisiner ensemble, juste pour utiliser ces produits merveilleux que sont la mélasse de caroube et de grenade, le sumac, l’eau de fleur d’oranger, les pistaches concassées, le mélange 7 épices, attention hein, pas quatre, sept, et le Libanais s’il vous plaît, un autre aurait trop de cannelle.

Il est de notoriété publique que s’il y a bien une chose qui unifie La Grande Nation Arabe (avec des majuscule s’il vous plaît, c’est tout ce qu’il lui reste la pauvre), c’est l’obsession de son peuple pour son ventre. Tout, tout, nous supporterons tout, mais assurez nous notre kebbé quotidienne sinon nous ne répondons plus de rien. J’exagère à peine, j’adore. Il y a quelque chose de très féminin dans la préparation de mets familiaux prenant de longues heures à mijoter, nécessitant moult légumes à éplucher, couper et frire, griller ou cuire. Le temps de la préparation d’un repas, la cuisine devient le sérail, un antre où les hommes osent à peine s’aventurer pendant que les femmes rient, jacassent, se confient, mijotent, complotent, blanchissent des riz, dorent des amandes, pilent la coriandre et l’ail, font sécher les feuilles de mouloukhieh au soleil, goûtent et rajoutent du sel. Temps suspendu dans l’éther, où plus rien ne compte si ce n’est le goût des choses, où l’on montre son amour à travers le fumet qui filtre au travers de la porte.

L’ambiance est telle que mêmes les dogmes du féminisme se rétractent devant groupe de femmes au sein duquel bien des sujets épineux sont abordés et des conseils s’échangent. Voyez plutôt ces séances comme des groupes de parole qui s’ignorent, car enfin quoi de plus sécurisant que de parler au clan matriarcal de sujets inavoubales au dehors?

Serait-ce pour recréer cette atmosphère que les esprits de la magie culinaire sont invoqués par la majorité des femmes arabes de ma connaissance lors d’agapes féminines? Peut-être, ou peut-être avons-nous tout simplement envie de recréer un peu de notre terre partout où nous allons, dussions-nous pour cela ramener des bâtons de cannelle d’Alep gros comme des brindilles et embaumant notre valise pour des mois.

A toutes ces femmes qui passent leur journée aux fourneaux le dimanche ou le vendredi pour finir par ne rien manger “parce qu’elles se sentent déjà pleines d’avoir goûté en cuisinant”, merci.