Ruisseaux et Rivières 

  
Les petits ruisseaux font les grandes rivières, qu’ils me disent.

Et les grandes rivières, celles faites de détritus amoncelés, aussi nauséabonds que leurs tas de mensonges, elles font quoi? 

Je vais vous le dire, moi ce qu’elles font.

Elles font des vagues, qui murmurent au début, et puis qui grondent, qui grondent, qui roulent sous le ciel de plomb pour venir s’échouer aux pieds des menteurs, des voleurs, des criminels, ceux en cols blancs bien amidonnés, ceux bien droits dans leurs bottes, ceux bien à l’abri dans leurs voitures blindées. Les menteurs, les voleurs, les criminels, ça n’a pas toujours la forme que l’on croit, il leur est très facile de se camoufler à coup de respectabilité, de mots creux, de repassage des consciences et d’endormissement des rumeurs. 

Les menteurs, les voleurs, les criminels, ce sont comme les poubelles qui s’amoncellent, ça pue et il faut s’en débarrasser. Les menteurs, les voleurs, les criminels, ça ne sert à rien, ça pollue, ça infecte. Allez hop, un grand coup de balai! 

Les petits ruisseaux font les grandes rivières, qu’ils me disent, et de ces grandes rivières naissent des vagues, de gros remous qui font tanguer la barque de la corruption, qui chavirent l’esquif de la cupidité et qui ne laissent rien derrière eux qu’une plage dévastée à nettoyer, un horizon lavé de ses maux, prêt à renaître dans sa pureté retrouvée. 
Les petits ruisseaux font les grandes rivières, qu’ils me disent.

Et les grandes rivières, maman, qu’est-ce qu’elles font? 

Les grandes rivières, ma chérie, elles font la révolution. 

Advertisements

Lettre au Ministère de l’Intérieur – La Voix de Beyrouth

Chers Messieurs du Ministère de l’Intérieur,
Je dis messieurs, car il va bien de soit que toutes les décisions d’importance capitale sont prises par vos soins, par des hommes, des vrais, pas par des bonnes femmes qui de toute façon n’ont pas le droit de transmettre leur nationalité Libanaise à leur famille, bien fait pour elles celles-là et qu’elles connaissent leur place. Mais je m’égare.
Je disais donc, cher messieurs du ministère de l’Intérieur. Il me semble que vous êtes bien occupés à policer la vie des Libanais-es, à la contrôler, à la tailler de façon à ce que toute part de rêve ou de beauté leur soit refusée. Vous trouvez qu’ils ont une vie facile, vous, Les Libanais? Pendant que vous prenez des décisions derrière vos bureaux cossus, tout pétris de votre propre importance, au Liban on torture à tout va, on censure à droite à gauche, on empêche allègrement les gens de se marier qu’elle que soit leur confession, on discrimine les femmes, on ne reconnaît pas des syndicats de travailleuses migrantes, on défigure Beyrouth à coups de pétrodollars, on tape sur les réfugiés et on opprime toute personne qui n’a pas l’heur de vouloir respecter vos stéréotypes de genre.
Mais je ne vous apprends rien, vous êtes le Ministère de l’Intérieur, la plupart de ces décisions viennent de vous, vous en êtes fiers, moi je vous dis, il n’y a pas de quoi.
Votre dernier exploit me donne envie de m’enchaîner aux murs de MA Beyrouth. Je parle bien sûr de cette nouvelle lubie qui vous a pris de vouloir effacer tous les graffitis des murs de cette ville.
Alors je vous explique. Là tout de suite, on a un problème, et ça va pas être possible votre histoire.
Je sais bien que vous n’êtes pas branchés poésie, mais les murs de Beyrouth parlent. Tous ces murs nous racontent une histoire, notre histoire, que vous le vouliez ou non: les impacts de balles nous rappellent cette violence sans nom dont nous sommes capables, ces luttes intestines (qui pourraient cesser si les gens sortaient de leurs sectes en se mariant par exemple) qui ont laissé leurs traces sur les murs de notre pauvre ville fatiguée mais qui vit, qui vit envers et contre tout. Les graffitis sont des bouffées d’air frais pour des Libanais qui étouffent et qui se confient à leur chérie, à leur Beyrouth adorée qui les accueille toujours en son giron. Ce que vous tentez d’effacer ce sont les murmures de votre pays, murmures qui vont en s’amplifiant et vois rappellent peut-être votre médiocrité.
De Jisr el Wati, aux tags inextricables de Hamra qui nous rappellent que Graffiti is not a Crime, au travail exquis de Yazan el Helwani, à le fierté d’Ici c’est Da7yieh, les murs de Beyrouth sont autant de message d’amour, d’espoir et de révolte de ses habitants. Je vous rappelle qu’un de ces messages vous informe que Beyrouth ne Meure Jamais. Nous on s’en rappelle bien hein, c’est vous qui semblez vouloir la détruire.
Et vous ne pouvez pas détruire les voix de Beyrouth, toutes ces voix qui interpellent ses habitants en leur montrant que d’autres systèmes et d’autres rêves sont possibles. Vous pouvez les ignorer, comme vous le faites si bien, vous pouvez tenter de les endiguer, mais vous ne pouvez pas les détruire.
Parce qu’enfin tout de même je vous rappelle qu’un de ces graffiti, c’est Fairouz. Et que, mais dois-je vraiment le préciser? Personne ne touche à Fairouz.

IMG_6818

Et il y a Beyrouth

1005984_10153071159295038_548508102_n (2)

Il y a l’odeur du jasmin qui vous surprend au détour d’une ruelle obscure.

Il y a le bruit, le chaos, la pollution et la vie qui bouillonne.

Il y a la fraîcheur inattendue d’une terrasse qui embaume le café et l’été.

Il y a l’explosion de couleurs des bougainvilliers qui parvient à peine à masquer la laideur du béton.

Il y a la pauvreté et la misère, les inégalités criantes et l’incivilité crasse.

Il y a la chaleur étouffante, la moiteur qui vous colle à la peau, comme une étreinte subie et que l’on n’a pas recherchée.

Il y a les sourires et les mots des habitants du quartier assis au seuil de leur immeuble.

Il y a le parfum des manakiches, la douceur des tomates, l’onctuosité de la mhallabieh et l’âpre saveur du sumac.

Il y a les volutes de fumée des narguileh qui s’évapore dans le ciel indigo du crépuscule.

Il y les fleurs de frangipanier, les roulements de tambour des batailles qui se rapprochent, les étreintes volées des amoureux en bord de mer, les plongeons insensés des aventuriers de la Grotte aux Pigeons, les niches religieuses où Mar Charbel et la Vierge veillent, la corruption des politiques et la colère sourde des habitants.

Il y a Beyrouth.

La Rebelle.

Qui vit.

Citoyenne de Seconde Classe

Featured

Chers petits fonctionnaires du gouvernment fantôme,

J’espère que vous allez bien (je mens, je m’en fous totalement, en même temps comment n’iriez-vous pas bien, vous profitez du pays et le pillez allègrement et après moi le déluge). Pendant que vous vous chamaillez et coupez les cheveux en quatre dans votre quête cupide et sectaire du pouvoir, les Libanais(es) continuent à vivre ou à tenter de survivre comme si de rien n’était, ce qui montre à quel point vos gouvernments leur sont indispensables.

Personnellement, je m’apprête avec grande joie à retourner au Liban pour des vacances. Plus d’un an que je n’avais pas remis les pieds à Beyrouth, je commançais à manquer d’oxygène. J’ai cependant une bonne excuse: pendant cette année, j’ai eu la plus sympathique, la plus maline, la plus intelligente et vive des petites filles. Avouez que j’utilise mieux mon temps que vous.

Mon enfant sous le bras et mon mari sous l’autre, je me prépare donc pour notre voyage: j’ai les vêtements, le babycook pour préparer des purées fraîches à ma fille, nos billets d’avions.

Et nos passeports.

Suisses pour mon mari et ma fille.

Français pour moi.

Pas un malheureux cèdre sur fond bleu en vue.

Etant une Libanaise de la diaspora, rien de fondamentalement étonnant à ce que j’ai une double nationalité. Je rentrais au Liban avec mon passeport Libanais et voilà.

Maintenant que j’ai une famille, je me range avec eux dans la catégorie des étrangers.

Apparemment, se marier avec un homme non-libanais vous ôte votre individualité Libanaise en tant que femme. Non que je sois particulièrement nationaliste, mais c’est un peu vexant, surtout que mes compatriotes masculins n’ont une fois de plus pas à se confronter à cet affront.

J’arriverai donc à Beyrouth, sur un sol que je foule régulièrement plusieurs fois par an depuis avant la fin de la guerre civile, je murmurerai des mots d’amour à ma fille en arabe (en arabe cassé peut-être, mais en arabe quand même), j’enverrai ma recette de Yakhnet Sbenegh à ma copine Emna, celle que m’a apprise ma mère qui la tient elle-même de sa mère, les femmes du Keserwan aiment bien se passer des secrets. Je ferai tout ça en me rengeant décidément dans la file des étrangers, parce que ce que je considère tout de même comme mon pays me considère Libanaise parce que mon père l’est et non pas parce que je suis une citoyenne à part entière. Je suis une citoyenne de seconde classe et je vous assure que ça m’agace.

Je me rangerai dans la file des étrangers parce que je ne peux pas donner ma nationalité à ma famille. Je répète: en 2014, une femme Libanaise ne peut pas donner sa nationalité à sa famille, tout simplement parce que le chef de famille est l’homme et que la femme est une quantité négligeable.

J’ai envie de dire, bravo. Une telle obédience au patriarcat, ça force le respect.

Et vous savez c’est quoi le pire? Le pire, c’est que je suis une privilégiée. Moi, je peux rentrer avec mon passeport français, ma fille est Suisse et Française, son avenir n’est pas en danger, enfin si, c’est une femme, mais elle a des nationalités, deux gouvernements qui la reconnaissent et à qui elle peut demander des comptes. Je suis une privilégiée parce qu’au Liban, il y a des femmes, des milliers d’entre elles, on ne sait pas vraiment, le recensement n’est pas votre point fort, qui sont dans une situation extrêmement vulnérable: leurs enfants, libanais pourtant, n’ont pas droit aux mêmes droits humains basiques que leurs compatriotes dont le père a l’heur d’être Libanais, et rencontrent des difficultés pour tout, de l’école au travail en passant par la santé. On les humilie à coups de demandes de permis et autre racisme social quotidien. En cas de séparation, les enfants seront la responsabilité du père. Et cela veut dire qu’il peut repartir avec eux dans son pays d’origine.

Ces enfants, nous les portons, nous vomissons pendant neuf mois, nous souffrons mille morts pour les faire venir au monde, et même si nous ne souffrons pas, ces enfants sont aussi nos enfants, et il n’y a aucune raison pour qu’on les confie automatiquement au père, sans aucune autre justification que d’asseoir un peu plus le pouvoir masculin sur la tête des femmes.

Moi je suis une privilégiée, certaines femmes doivent se battre quotidiennement pour que leur gouvernement permette à leur enfant ne serait-ce que d’apprendre à lire.

Mais moi et ces femmes avons ceci en commun: nous sommes, à vos yeux, des citoyennes de seconde classe.

Et ça nous agace.

 

PS: Vous avez vu comme je ne considère même pas vos sordides pseudo-justifications sectaires pour ne pas donner ce droit aux femmes, ce droit qui est le leur? Parce qu’il n’y a pas de justification possible: les femmes obtiendront leurs droits, point à la ligne. 

Lettre à Michel Sleiman

Featured

 

Lettre à Michel Sleiman

 

Posted on June 25, 2013

 

Cher Monsieur le Président,

 

Je m’adresse à vous, parce qu’honnêtement, les interlocuteurs politiques se font rares au Liban. Sans compter que moi, et bien je n’ai pas envie de leur parler.

 

J’écrirai bien à mon député, mais malheureusement de 1, je ne le connais pas et de 2, il a cessé de me représenter environ 15 ans avant son élection, et je ne vous raconte même pas à quel point je le méprise depuis qu’il a eu l’outrecuidance de s’auto-renouveler son mandat. On n’a jamais vu ça tout de même, un parlement qui décide lui-même de son sort, sans se poser la question de savoir si les personnes qui l’ont élu et de qui il tire sa légitimité sont d’accord. Le tout en dix minutes bien évidemment. Il y a un mot pour ça, et je ne suis pas Bernard Pivot, mais il me semble bien que ce mot, c’est dictature.

 

Nos députés (je vous regarde, Monsieur Nadim Gemayel, et avec consternation), voyez-vous, trouvent qu’il est de bon ton d’intervenir de manière illégale lors de soirées privées organisées par des groupes pacifiques et de menacer les personnes présentes à cette soirée juste parce qu’ils dinent dans le même quartier. Leurs gardes du corps n’ont aucune gêne à menacer des civils non armés et, je le répète, totalement pacifiques, de leurs armes, arguant qu’ils ont le droit de tirer. Nos députés et leurs gardes du corps renversent des jeunes filles dans les rues sans le moindre scrupule et l’appareil judiciaire leur donne raison, parce qu’apparemment le Liban est une jungle dont le plus fort sort toujours vainqueur. Nos députés diffament, transformant douze féministes en 50 hommes armés de bâtons. Ils mentent. C’est assez moche tout ça. C’est le Liban. Ca dégoûte un peu non ?

 

Moi, en tant que femme Libanaise, j’attends toujours mon droit à vivre protégée de la violence et à donner ma nationalité à mon mari (qui ne la veut pas, je vous rassure, plus personne n’est fier de porter notre passeport) et à mes enfants, autant de projets de lois enfermés à double tours au fin fond d’un obscur tiroir, au fin fond d’un obscur couloir d’un parlement devant lequel je n’ai même pas le droit de manifester sans me faire taper sur les doigts, quand ce n’est carrément pas sans me faire bousculer de manière fort peu polie par les services de sécurité, auxquels d’ailleurs il serait pertinent de faire suivre une formation sur le droit à la liberté d’association pacifique. Moi je dis ça, je dis rien hein, c’est juste un petit conseil, vous en faites ce que vous en voulez.

 

Donc si je comprends bien, me donner mes droits qui me sont dus, les parlementaires ne savent pas faire, mais renouveler leur mandat de manière totalement illégale en 30 secondes et demie, ça, il n’y a pas de problème. Je sens bien que quelque chose m’échappe, un bête problème de logique peut-être.

 

Monsieur le Président, permettez-moi également de vous présenter, à vous et avant tout aux familles des soldats et des civils morts à Saida et Tripoli, mes plus sincères condoléances. Ça fait quelque temps déjà que je regarde le Liban s’enfoncer dans des conflits sans fin et que je me demande qui est le coupable. Parce qu’il en faut toujours un, ou plusieurs, tous ces morts n’arrivent pas sans raison. Le problème, c’est que les médias me mentent et me manipulent, et je ne pense pas que vous comme moi aimions nous faire manipuler, ou que l’on nous mente de manière éhontée. Chaque média se fait la voix de telle ou telle communauté, et le discours de haine que j’entends ne m’explique rien, mais me semble au contraire la raison de la mort qui rôde dans le pays. Chaque média me raconte que telle ou telle communauté est menacée et qu’elle ne peut s’en sortir que par les armes en détruisant tout sur son passage. On me raconte que tous les maux du Liban viennent des Palestiniens et maintenant des Syriens. Ça me ferait rire si je ne savais pas dans quelles conditions ces réfugiés vivent et quelle est leur ration quotidienne de discrimination et de haine. Ça ne me fait pas rire.

 

Monsieur le Président, mes parents ont du fuir le Liban suite à des discours de ce genre il y a 40 ans. L’exil, c’est pas top vous savez, en général les gens aiment bien pouvoir rester chez eux, ou avoir un semblant de choix. Ceux qui sont restés ne sont peut-être plus là pour en parler. Ils sont morts, vous savez, eux et 100 000 autres personnes. Et ceux qui restent en ont un tout petit peu ras-le-bol de la guerre. Un tout petit peu.

 

Alors que l’on me rabâche les même discours et que l’on espère que je vais y croire, très peu pour moi.

 

Mon problème, ce n’est pas l’Autre. Mon problème, c’est le système sectaire.

 

Le système sectaire qui vide l’Etat de droit de son sens et de sa force en concentrant le pouvoir dans les mains de chaque communauté et de leurs chefs, trop heureux de se repaître de corruption et d’armes, s’assurant des votes à coups de grands scénarios catastrophe. Mon problème, c’est un système qui laisse au pouvoir les mêmes classes et les mêmes familles depuis des décennies sans remettre en question leurs privilèges, qui laisse les tensions communautaires bouillir à la surface du tissu social pour s’assurer obéissance, peur, règne et pouvoir.

 

Mon problème, c’est la fabrication de mensonges de tous poils pour faire oublier aux gens qu’ils n’ont pas de sécurité sociale, d’assurances santé dignes de ce nom, de droits sociaux, de droits civils et politiques, d’électricité, de sécurité du logement, de sécurité humaine.

 

Les gens n’oublient pas. Ils sont fatigués et ils regardent leur vie passer dans un pays qui a manqué sa chance de briller, mais ils n’oublient pas.

 

C’est la honte, monsieur le Président. La honte.

 

Pourtant, quand je regarde le gouvernement, ministres et députés confondus, quand je les regarde perturber le trafic parce qu’ils passent simplement dans une rue, je n’ai pas l’impression qu’ils ont honte. Honte de mentir et d’être responsables de morts et de destruction.

 

Pardonnez mon langage, mais j’ai l’impression qu’ils s’en foutent. Et royalement avec ça.

 

Mais moi, j’ai honte. Je sais que nous ne pouvez pas faire grand chose, mais s’il vous plaît, pourriez-vous me faire une faveur, et leur demander, une fois quand vous les voyez, leur demander s’ils n’ont pas un tout petit peu honte?

 

En vous remerciant Monsieur le President,

 

Une citoyenne atterrée

 

 

 

Manucure à Quatre Ans: Nouvelle Obsession Libanaise

Quote

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/721286-manucures-a-quatre-ans-nouvelle-obsession-libanaise.html

Ma réponse à l’article paru dans L’Orient Le Jour sur les salons de beauté pour petites filles au Liban

Une Réponse à Ziyad Makhoul


Cet article est une réponse à Ziad Makhoul dans L’Orient-Le Jour

Cher Monsieur Makhoul,

 

Votre billet dans L’Orient- Le Jour m’ayant caressée dans le mauvais sens du poil, je vous prie donc de bien vouloir m’excuser de ma réponse, qui ne vous plaira sans doute pas.

Votre ton condescendant à l’égard de la décision prise par le groupe Mashrou3 Leila d’annuler sa première partie au concert des Red Hot Chili Peppers masque à mon sens une absence totale de compréhension de ce qu’est la campagne BDS. C’est dommage d’avoir recours à des stratagèmes agressifs alors qu’ouvrir une page web me semble à la portée de votre infinie sagesse. Mais enfin, passons.  A toutes fins utiles, merci de consulter la page de la campagne, sait-on jamais, vous pourriez éventuellement apprendre des choses : www.bdsmovement.net.

Avant toute chose, je vous prie de garder vos insultes sectaires pour vous : j’étais parmi les personnes demandant à Mashrou3 Leila de s’abstenir d’ouvrir pour les RHCP. Non Monsieur Makhoul je ne fais pas partie du PSNS, non Monsieur Makhoul je ne fais pas partie du Hezbollah (et soi dit en passant, ces groupes politiques sectaires ne détiennent pas le monopole de la solidarité avec le peuple Palestinien) et j’ai le sens commun de ne pas me définir en tant qu’intellectuelle, et quand bien même je le ferais, je vous prie encore une fois de vous abstenir d’y ajouter ‘de pacotille’. J’ai tout de même un Master en droit humanitaire, ca m’embêterait que mon pauvre papa ait payé ces études pour qu’ensuite l’on vienne me gratifier de ce genre d’épithètes peu affectueuses vous en conviendrez.  Laissez-moi ajouter que l’extrême majorité des personnes demandant à Mashrou3 Leila de s’abstenir de jouer ne font partie d’aucune des catégories que vous avez créées : il serait donc de bon ton de votre part, et bien, pourquoi pas, de les garder pour vous.

Les choses étant ainsi posées, je me permets de rentrer dans le vif du sujet : vous admettez vous-même que seuls les Palestiniens qui ‘pourront se le permettre’ seront fous de joie à l’idée de voir les RHCP en concert. Il n’est pas clair si vous entendez par là financièrement ou autre, mais permettez-moi d’attirer votre attention sur ce point, car il est crucial à la décision de Mashrou3 Leila. Le fait est que de nombreux Palestiniens, indépendamment de l’ampleur de leurs moyens financiers, ne pourront tout simplement pas écouter les Red Hot, car l’Etat Israélien réduit leur liberté de mouvement au-delà de tout entendement. Selon les permis qu’ils possèdent et que le gouvernement Israélien prend un malin plaisir à changer à tour de bras sans aucune autre forme de procès, les Palestiniens ne peuvent pas circuler entre la Cisjordanie, les Territoires de 1948 et Gaza. Cette absence de liberté de mouvement est couplée d’une violation quotidienne des droits humains du peuple palestinien : arrestations et détentions arbitraires, harcèlements au point de passage et par les colons, torture et traitements inhumains et dégradants, appropriation de terres par les colons et j’en passe. Voilà donc les politiques de l’Etat Hébreu à l’encontre des Palestiniens : des politiques d’apartheid, ni plus ni moins.

Le boycott est une action pacifique visant à affaiblir le régime d’apartheid Israélien et les mécanismes qui lui permettent d’améliorer son image au niveau international. Cette stratégie a été utilisée en Afrique du Sud avec beaucoup de succès, et est donc utilisée pour la Palestine. Israël a identifié le BDS comme étant la deuxième plus grande menace à sa sécurité après l’Iran, signe du succès de la campagne s’il en est.

Les RHCP ont refusé l’appel au boycott : ils n’ont donc aucun problème à fermer les yeux sur ce qui se passe en Israël et dans les Territoires occupés (et au Liban, juste pour un petit rappel, Israel n’a jamais vraiment montré énormément de respect pour nous il me semble).  Mashrou3 Leila a décidé qu’ils ne pouvaient en faire autant : que danser et chanter pour un groupe qui se moque des droits humains de tous les peuples va à l’encontre de ce en quoi il croit. Ils ont donc annulé, pas parce qu’ils sont à la botte de Hassan Nasrallah, mais parce qu’une position de principe équivaut à toutes les ouvertures de tous les groupes du monde.

 

Et laissez-moi vous dire une chose : Mashrou3 Leila ne s’est pas suicidé. Nous ne les aimons que plus, ils nous donnent l’impression et l’espoir qu’un Liban solidaire et conscient est possible, chose que l’élite politique actuelle et ses sbires et supporters nous ont enlevé il y a bien, bien longtemps. 

Tales of the Phoenix City – Chapter 4

Nina looked at the veil before her, and felt an incredible surge of pride.

 

Put quite simply, she wanted to jump and scream and dance. It was beautiful. No, it was more than that. It was breathtaking. She couldn’t find the superlatives to describe the exquisite feeling of elegance and opulence one could feel when looking at the garment.  The silk organza fell perfectly on the mannequin shoulders, light as a feather; the Calais lace would softly frame the bride’s face. The handiwork was precise, the whole attire elegantly understated, yet a single glance to the whole dress and veil would bear her signature, her couture signature. It had taken weeks to make, but she relished every second of it and was now insanely happy with the result.

 

She loved creating, she loved feeling the threads beneath her fingers, she loved playing Goddess with her fabric, the feeling of control and serenity it gave her. If only she could share some of that calmness and wholeness to some of her clients, the positive, creative, warm energy of her studio would not be disrupted.

 

She looked at the beloved vintage clock she had unearthed from a pile of junk and antique while perusing the Plainpalais flea market in Geneva last summer, and sighed.

 

Only five minutes left until Princess Yasmin, as she called her, came in for her fitting.

 

Arranging on the Palestinian ceramic tray the delicious ginger biscuits and Lawziyyeh she regularly bought from the women’s cooperatives where some of her petites mains or their families worked, she could almost sense the negative energy of her next customer drawing nearer and nearer. Beware of the disturbance in the force! She smiled, remembering her brother Ziad’s passion for Star Wars.

 

Two sharp raps on the wooden door. There we go Nina, plaster a fake Ultra-Brite smile on your face, do it for the pleasure of creating with luxury, high quality fabric, do it for the satisfaction of paying properly your workers and guaranteeing them social benefits. Do it so you can avoid being pinned to an office desk in a nine to five job, coming home way too tired to muster the energy to sew and design and play with colours, do it to keep your life the way you want it to be.

 

– Marhaba Yasmin, how are you?

 

Yasmin, as usual, seemed exhausted, tense and stressed. Nina had seen nervous brides before, but this was different. It was not a happy, rosy flushed cheeks kind of nervousness at the prospect of starting a new life and the usual wedding planning stress. This was hollow eyes, hollow cheeks, frantically chain smoking stress, and it did not bode well.

– How do you think I am? With less than two weeks to the wedding, I’m suicidal that’s how I am!

 

Nina smiled tensely. Accepting some degree of snapping was part of her job, although most of her clients usually apologized the minute the words crossed their mouths. Yasmin’s snapping had a condescending tone to it Nina could not bear, but she didn’t say anything. If she hadn’t found it hard to believe, she’d have sworn Yasmin was, well, miserable.  

 

For all, there was no other word for it, bitchiness, Yasmin stopped dead when she saw the dress.
– It looks like it’s out of a fairy tale, she uttered in a whisper.


– I’m glad you like it, beamed Nina, always happy to watch her customers’ reactions to her work.


– Would you like to eat something and have some tea before the fitting?


Yasmin looked like she had lost weight again, although Nina had instructed her not to if she wanted the dress to fit “you’ll be too thin and it’ll look all wrong. Besides, once the draping is done, I won’t be able to make any more alterations” she had warned her.
Apparently to no avail. Nina, in a weird way, felt somehow protective of everything and everyone, and despite Yasmin being spoilt and rude, she couldn’t help feeling a twinge of pity for her pitiful frame.

 

– No thanks, it’s ok, I’d like to try it on now. Besides, those biscuits are too sugary, how

can you serve such fattening food in a wedding showroom? Everyone knows brides keep

dieting before their weddings and are too stressed to eat!


– No, not all brides, if you can believe it, some of them are so happy to unite their life with the person they love in front of friends and family, they actually enjoy life and, one of the best aspects of life, delicious food, replied Nina equally, meticulously taking the dress off the mannequin.


Yasmin, not sure of the sarcastic tone, blanched and glared at Nina and kept silent, while Nina’s patience and understanding seemed to melt away slowly. In a parallel universe, Nina was snapping at Yasmin that she preferred a million times dressing shapely figures, work the fabric around curves and flesh, rather than dressing a bony fledgling like her who seemed to only feed on smoke.
Thank God for parallel universes happening in her head, they kept her from hurling things at walls.
And so she kept on working, arranging that dress on a silent bride, one of the most awkward and depressing fitting she had ever done. Usually the laughter and banter of friends and family filled the room, confidences and secrets were exchanged among the women, an atmosphere Nina cherished, whereas everything seemed as hard as nails around Yasmin. Just like her.


The dress was put on, and so was the veil. Yasmin looked up, and saw nothing but the pure nothingness that she felt, the abyss that was her life.
Nina looked up and saw a sad girl in a magical dress, with no glow of happiness, no aura of confidence, no spark and no radiance.
Yasmin’s eyes met Nina’s, and the designer braced herself for abuse and critics for the dress not being able to magically annihilate bitterness.
Yasmin’s eyes met Nina’s, and something really weird happened.

Yasmin burst out crying.

On Why We Are Demonstrating

This article was written for Sawt Al Niswa, the AMAZING online feminist space

I read an infuriating article today, a blog post that was so patronizing it made me feel sick to the stomach. The writer referred to our action as “delusional” and while he deemed our struggle as “righteous”, he did not see it going anywhere for the moment. But Behold! For his was kind enough to provide us with an alternative solution, with other priorities and other actions.

The author’s intention was probably not to minimize our struggle, or be patronizing or anything: he probably did not notice that his sickly sweet rhetoric merely felt like a paternalistic pat on the head, like someone telling you you’re cute but naïve. Like someone not really believing you had serious reasons to be angry and to demonstrate.

Which got me to think: what are we fighting for? Why are we demonstrating?

First and foremost, there’s of course the issue of rights. We are demonstrating because the state has duties towards us, obligations it has signed on in an International Convention (CEDAW), voluntarily binding itself to respect, protect and fulfill them, rights that we can see are not being respected, protected and fulfilled. Hence, by making ourselves heard we are simply putting into action our democratic rights. We are neither demonstrating because we are spoilt brats, nor because we don’t have anything else to do or because we are delusional naïve nymphs living in Lala land. Rather, our carefully thought-out collective action is our weapon to put our government in front of its obligations. Its obligations is our rights, and it is our responsibility to demand them, to claim them, for the shameful rape laws are not going to be cancelled by themselves; and neither is the Violence Against Women Bill ever going to materialize and be adopted out of thin air. We demonstrate because the numbers 478, 488 and 489 (criminal code provisions imposing higher sanctions on women found guilty of adultery than on men) 503, 504 and 522 (laws pertaining to rape) cannot be read without a shudder. We demonstrate because of the large Violence Against Women Bill-shaped gaping hole within the Lebanese legislative apparel. We demonstrate because religious authorities are playing deaf and blind to that very simple fact: there are women in Lebanon, and we are not walking wombs. Rather, we are human beings who saw evil, heard evil and witnessed you speak your evil.

So we’re taking to the streets, armed with an international Convention, armed with laws and principles and a whole set of values that we think are worth sharing. Several people and bloggers seem to think that we’re ahead of the game, that before obtaining a change in the laws we need to establish a civil state in Lebanon then we’ll be able to see what we can do about women’s rights. It’s the same old song: women are selfish for demanding what is theirs, they should wait until the whole system changes until we can tackle women’s rights. To which I answer 1) Women Won’t Wait 2) why not think of changes in laws with regards to women as an opening door to a wider change in the system? Advocating for women’s rights is advocating for a more egalitarian society, it doesn’t mean favouring one injustice over another. The way I see it, turning Lebanon into a civil state will take longer than adopting the Violence Against Women law: what are we supposed to do until we reach that point? Sit around and pray?

The demonstration however even goes beyond obtaining our rights. It has become a question of reclaiming our very streets, each corner of our city until we find that we can walk around without fear or of uneasiness because of stares, glares, insults, offensive comments or unwanted physical contacts that is just plain sexual abuse. We’re demonstrating now because our cup is full: we’re tired of unlit zawarib where even the less sporty of us turns into a sprint champion until we reach our cars, we’re tired of feeling as if we’d like our breasts to be invisible, we’re tired to be harassed just because we are women. By pounding the streets of Beirut we’re making a strong statement to those who would like to see us off them, tucked away in our homes that sometimes are more dangerous that battlegrounds, as if under house arrests: look at us, we’re women and human, we want our dignity and safety.

We’re demonstrating because this way we get to say our stories, with our words, our chants, our actions, with no self-appointed authority (religious or otherwise) telling us we’re asking too much, too soon, too aggressively.

Our bodies are ours, and no one but us gets to dictate what we should do with it or whom and when we decide to give it to. Our voice are ours too, and no one but us dictates when and how we should use it.

So on Saturday the 14th, I will pick up my banner and I will shout for my rights until my voice gets hoarse. But I promise that if you see us on the streets, and still have questions, then I will use it to talk to you.

And maybe then, you’ll walk with me too

For the post mentionned at the beginning please see http://beirutspring.com/blog/2012/01/03/kafa-is-delusional-the-lebanese-state-neither-has-the-will-nor-the-way-to-get-into-lebanese-bedrooms by BeirutSpring


y