Nous, Les Peuples

 

Un petit peuple libre est plus grand qu’un peuple grand peuple esclave.
Victor Hugo

Ils pensent que je suis bête, que l’on peut me flouer, me manipuler, me faire peur et me faire marcher à la baguette. C’est vrai que j’ai une capacite de résistance et d’endurance qui va jusqu’a dépasser l’entendement. Malheureusement pour eux, ils n’ont toujours pas compris que je peux tout supporter, en gardant dans mon coeur l’espérance de jours meilleurs, puis un jour, j’explose, et ils se retrouvent désemparés. Comment, se demandent-ils, oui, comment est-il possible que ces veaux (j ai ete taxé de nombreux epithètes plus ou moins glorieux à travers les âges) restent endormis des decennies durant, puis se réveillent et crient comme mille sirenes hurlantes? Alors ils cherchent de coupables, à peu près partout sauf là où ils risquent de les trouver, parce que les seuls coupables, ce sont eux, ils cherchent des coupables et me traitent de traître, me disent que je suis aidé des autres, de l exterieur, d’une entité abstraite qui m’est aussi étrangère que l’air parfumé et poudré de leurs palaces quatre étoiles . D’un seul coup je deviens un espion, un rebelle, l ‘ennemi à abattre. Mais moi, je ne veux que du pain, mes droits et de l’espoir. Je me bats comme une bête enragée si je n ai pas ces choses, parce qu’alors je ne vis plus, et donc je lève mon point et je supporte les balles, les coups et les viols. Je n’ai pas peur, à quoi bon puisqu’en ces minutes je suis immortel, et je me soulève comme une vague, la lame de la marée humaine de justice me porte et m’emmène à la victoire, tandis qu’eux, perplexes, continuent à s’interroger, mais qui les a informé de leurs droits ceux-la, ils n’ont pas compris que moi, je n ai pas besoin qu l’on m’ éduque à la liberté, je n’ai pas besoin qu’un homme vienne m’apprendre la dignité, ces choses-là, je les connais, elles sont inherentes à ma nature, elles font partie de la condition des  femmes et des hommes qui me composent. Je connais mon propre chemin, et je le suis, malgré les coups et les baffes, malgré les déceptions et les mensonges, malgre mes membres qui tombent pour ne plus se relever, heureux dans la joie d’être morts des hommes et des femmes libres. Je garde ma tête haute et mon esprit en ebullition, je suis le peuple, je n’ai ni frontieres ni religion, je suis le même aux quatre coins du globe, Ma patrie est l’humanité, ma mère et ma fille sont révolutions.

Je suis le peuple, immuable et indestructible, la justice est mon drapeau, liberte est mon credo. 

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Silence on Tue

Ils n’ont plus de pain? Qu’ils mangent de la brioche!Marie-Antoinette, dont on connnaît la fin peu glorieuse (la guillotine, ça fait désordre)

Ou on assassine si vous préférez. On torture allègrement, on casse des bâtons sur le dos de jeunes qui ont eu l’affront de remettre en cause votre pouvoir tout puissant, on fait craquer des os, on sectionne des veines, électrocute des organes.

On insulte, on tire par les cheveux, on viole, on maltraite, on menace, on dégrade.

Parce que ça nous fait peur, la contestation. Parce que ça a beau faire des années qu’on y est, sur ce foutu trône, parce que ça a beau faire des siècles qu’on s’en met plein les poches sur le dos d’un peuple exténué, apeuré et exsangue, on ne résiste pas à l’envie irrépréssible de grappiller encore quelques années (même si on a au delà des 80 ans, après tout, nos héritiers pourront en profiter à leur tour, et advienne que pourra). On s’en donne à coeur joie, on fait dans la cupidité, l’arrogance et la corruption, on réseaute à mort, on fait des ronds de jambes à d’autres dictateurs, on échange des blagues sur les derniers prisonniers politiques que nos services de renseignements bien entraînés sont parvenus à mater.

On a surtout aucune honte à déblatérer sur la Nation, la Solidarité, l’Amour du Peuple, de La Patrie, de l’Armée. Toute subversion est une intervention de l’Occident soi-disant honni, avec qui les affaires marchent par ailleurs fort bien, les vacances du dernier petit ministre français en date ayant été très réussies, il faudra penser à recommander de ce champagne.

On sent bien que le peuple gronde, mais bon, on s’en fiche du peuple, il rouspète tout le temps celui-là, comme si on lui demandait son avis; et si par malheur un pelé et deux tondus avaient l’outrecuidance de jeter leur poing vengeur en l’air, pas de problème, ces vilains rabats-joie seront liquidés en moins de temps qu’il en aura fallu à Leila Trabelsi pour prendre le premier direct pour Riyadh. Au pire, s’ils crient un peu trop fort, on peut toujours leur tendre un petit sucre sous forme de légère réforme qui n’engage à rien et qui mettra des siècles à se concrétiser, juste pour qu’ils se calment, et d’un autre côté, augmenter les effectifs de services secrets. Voilà, crise résolue, vous comprenez maintenant pourquoi je suis Président à vie?

Sauf qu’en ce moment, le peuple ne se tait pas et ne semble même pas intimidé, ou même reconnaissant, ces animaux. Il avance, le peuple. Il reste comme ça à nous regarder, le ventre vide les yeux brillants, le sourcil froncé et les lèvres serrées, il reste et il hurle, il commencerait limite à nous faire vaguement peur.

Alors on sort l’artillerie, on tue, plus de quartiers maintenent, on soudoie des pauvres hères faméliques qui n’en reviennent pas des sommes qu’on leur offre, on leur donne des machettes et des fusils, des directives simples, va, cherche-les arrête-les, torture un peu mais ne tue pas, non il faut faire peur, il faut que la terreur s’installe dans les coeurs, qu’elle y prenne ses aises, qu’elle ronge tout comme un cancer agressif. S’il meurt, bon ben tant pis, ça en fera toujours un de moi, d’ailleurs fermez-moi ces hôpitaux, on ne veut plus voir un de ces satané médecin recoudre des gens sans anésthésie et aller en parler sur les chaînes télés après.

Parfois, ça a l’air de marcher, parfois il a fallu partir, c’est qu’ils nous ont impressionnés, ces sauvages, on ne pensait pas qu’ils avaient ça en eux, la révolte coriace et la peau si dure. La terreur n’a pas réussi à vaincre l’espoir, mais qu’est-ce qui leur a pris? Alors on s’en va, non sans avoir mis en place quelques uns de nos plus fidèles serviteurs, histoire de ne pas tout perdre et de pouvoir ricaner dans sa piña colada quelque part sur une jolie plage, les imbéciles, ils pensaient se débarasser de nous comme ça.

Mais ils se sont débarassé de nous, malgré tout, malgré la détresse et le chaos laissé dernière nous, ils ont réussi, les séquelles de nos séismes sont toujours là pour le moment, mais un jour elles disparaîtront, et là, nous seront vraiment morts.

On en pensait pas qu’ils découvriraient leur voix, ceux-là.